Fils d'un transporteur de bestiaux de la campagne genevoise, Bernard Duvernay eut très tôt la passion des chevaux. Après les trois ans de l'école de mécanique, celle de vétérinaire semblait en être le prolongement naturel, la voie royale. Il prépara avec détermination le concours d'entrée, qu'il passa de justesse. L'académisme de la fameuse école de Berne se trouva rapidement en conflit avec l'esprit créatif et indépendant de Bernard. En cours d'étude, un de ses professeurs clairvoyant lui suggéra de bifurquer vers la maréchalerie. Bernard commença donc un apprentissage de maréchal-ferrant. Trois ans après, son CFC en poche, il fit son premier stage de professionnel en Irlande où, en plus de la langue qui autorise tous les voyages, il découvrit les élevages de chevaux de course.
De retour à Genève, il ouvrit un atelier de maréchal et eut pour clientèle les manèges et les propriétaires de chevaux de toute la région. Vingt ans plus tard, il remettait son atelier et ouvrait un site web. Il est aujourd'hui maréchal consultant et, à la demande, visite des élevages aux quatre coins du monde.
A l’hippodrome, les chevaux sont souvent malmenés par des courses très rapprochées. L’intervention du maréchal-ferrant se limite aux chevaux boiteux ou accidentés. Demain à la ferme, nous verrons l’essentiel de son travail : les corrections sur les poulains et les chevaux d’une année. L’hélicoptère pour Pune part à 15 heures. Juste avant de nous poser à Nanoli, nous avons une vision complète du domaine. Les clôtures rouges et la verdure des pâturages arrosés marquent clairement les limites entre la rivière et le village au pied d’une colline.
Traditionnellement,
le maréchal-ferrant pose des fers sur les sabots des chevaux de travail pour
limiter l’usure de la corne et protéger le talon. Mais dans l’élevage du
cheval de course, le maréchal est plus un orthopédiste qu’un bottier.
C’est sur ses sabots que repose toute la structure du cheval. Son équilibre,
son confort - et par conséquent son aisance à galoper ou à trotter - dépendent
entièrement de la qualité de ses quatre points de contact avec le sol.
Le maréchal doit ainsi veiller à ce que le pied s’inscrive parfaitement
dans le prolongement de la jambe. Les corrections de posture ne sont vraiment
possible que dans la première période de croissance du cheval. Les poulains
requièrent donc une attention particulière. C’est par eux que Bernard
Duvernay commence, le lendemain à l’aube.
Tenu à la longe par un garçon d’écurie, le poulain marche à la rencontre du maréchal. Arrivé à sa hauteur, il poursuit au petit trot, fait ensuite demi-tour et vient montrer patte blanche. Si une correction doit être apportée, elle se fait au moyen d’un fer que le maréchal ajuste et cloue sur le sabot. Les poulains sont souvent farouches. Ils ont besoin d’être rassurés, flattés. Bernard parle à l’oreille des chevaux.
Il parle aussi aux vétérinaires, aux autres maréchaux. Il explique ce qu’il fait. Il leur montre d’abord lui-même, sur le pied droit. Puis il leur tend le marteau, leur cède l’enclume pour le pied gauche. Et les bruits particuliers se succèdent : la râpe qui rectifie l’aplat du sabot, le martèlement du fer que l’on courbe ou que l’on redresse à froid sur la petite enclume, les clous qu’il faut enfoncer avec prudence dans une corne encore mince et tendre. Et le poulain repart pour un nouveau défilé, au pas, au trot. C’est bon ! pour six mois, jusqu’à la prochaine visite de Bernard Duvernay, maréchal-ferrant, à visiter sur « www.farrier.ch »
On pourrait imaginer tout un décorum exotique, des maréchaux enturbannés, moustachés, rustiques. On découvre une armée de spécialistes en uniforme kaki. Chacun d’eux a sa place, sa tâche, ses deux ou trois chevaux qu’il doit tour à tour mener au tapis roulant où, dans l’eau jusqu’au poitrail, ils musclent sans fatigue leurs articulations. C’est ensuite le manège, le trot à la longe, enfin le pâturage pour les heures fraîches de la journée.
Nul doute, c’est bien l’amour, la passion pour le cheval qui est à la clé de cette symphonie pour maréchal helvétique, éleveurs, vétérinaires et garçons d’écurie. A la ferme, il n’y a plus de caste, d’origine ou d’école. Il y a les quatre vingt juments, les trois étalons, et tous ces « foals », ces « yearlings » - cette récolte de l’année et de celle d’avant. C’est d’elle que sortira le champion, cet espoir d’un prix dans les concours hippiques. Il y a aussi tout ce qui est à faire au quotidien pour avoir une chance de les gagner, ces prix de l’Aga Khan ou de l’Arc de triomphe.
Un très beau jour, un cheval de Nanoli, de Ecuus ou de Chanhill gagnera à Kuala Lumpur - ou même à Paris. Il donnera à l’Inde du cheval l’occasion de participer à son tour au concert des nations.
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